Vous multipliez aujourd’hui les projets autour du vin. Quelles sont vos principales activités ?
Mon travail se situe à la rencontre du vin, de l’hospitalité et de la transmission. En 2023, mon titre de Meilleure Jeune Sommelière du Royaume-Uni a confirmé mon attachement à l’univers du vin et mon désir de le rendre accessible, vivant et passionnant pour tous.
Depuis, j’accompagne actuellement Villa Saletta, un Domaine historique de Toscane, dans sa stratégie de marque et son développement. Je travaille également pour Cobham House, un Domaine viticole anglais situé dans le Kent, avec lequel je développe notamment les relations avec les restaurants londoniens. En parallèle, je conçois des cartes des vins pour plusieurs établissements à Londres. J’ai aussi lancé deux projets personnels. Le premier, Off the Beaten Path, propose des escapades de deux jours dans des régions viticoles parfois méconnues, à la rencontre des vignerons et des acteurs locaux. Le second, AANYA Wine Retreats, associe ma pratique de l’enseignement du yoga à la découverte de domaines viticoles. L’idée est notamment de toucher un public plus jeune, qui peut parfois se sentir intimidé par l’univers du vin. Je veux montrer qu’il n’est pas nécessaire d’avoir de grandes connaissances pour pousser la porte d’un domaine, poser des questions et prendre plaisir à découvrir. Finalement, le fil conducteur de toutes mes activités est de créer des rencontres autour du vin, dans un esprit d’ouverture et de convivialité.
Quel regard portez-vous sur la place des Grands Crus de Bordeaux au Royaume-Uni ?
Bordeaux conserve un immense prestige. C'est une région qui fait rêver, que ce soit à travers une bouteille dégustée au restaurant ou la visite d'un Château. Les amateurs britanniques connaissent les grandes Propriétés et associent Bordeaux à l'élégance, à l'histoire et à la capacité de vieillissement de ses vins. En revanche, leur connaissance des appellations, des classements ou de la diversité des Châteaux est parfois moins approfondie. Je pense que l'UGCB a un rôle essentiel à jouer pour transformer cette admiration en une relation plus directe avec les vins et ceux qui les produisent. Les dégustations, comme celle organisée à Londres le 3 novembre, permettent de rencontrer les personnes derrière les étiquettes, de poser des questions et de découvrir des Domaines vers lesquels on ne se serait pas spontanément tourné. C'est aussi une manière de rappeler que Bordeaux n'est pas seulement une région prestigieuse, mais un univers vivant, fait de rencontres et de partage.
Quels sont, selon vous, les principaux défis de Bordeaux pour séduire de nouveaux amateurs ?
J’aimerais surtout voir davantage de jeunes adultes découvrir la région. Bordeaux possède une histoire extraordinaire, des savoir-faire uniques et des paysages magnifiques, mais son image peut parfois sembler intimidante. Il faut leur donner envie de s'y intéresser, sans leur donner le sentiment qu'il faut “tout connaître”. Je crois beaucoup à l’importance de l’accueil et de l’expérience humaine. C’est d’ailleurs ce que nous souhaitons créer lors de cette dégustation à Londres, notamment à travers la masterclass : une atmosphère dans laquelle chacun se sente libre d’être curieux. Dans un contexte où les ventes “En Primeurs” rencontrent davantage de difficultés, il existe aussi une belle occasion de faire découvrir des millésimes plus évolués, prêts à boire, et de montrer à quel point les Grands Crus de Bordeaux peuvent être magnifiques à table.
Dans toute la diversité des Grands Crus de Bordeaux, quelles Propriétés vous touchent particulièrement ?
Il y en a beaucoup ! Je ne peux pas toutes les dévoiler, car certaines pourraient figurer dans la dégustation à l’aveugle que nous préparons pour la masterclass à Londres… J’ai toujours beaucoup aimé les blancs de Château Rahoul, notamment pour leur excellent rapport qualité-prix, ainsi que les rouges et les blancs du Domaine de Chevalier. Château Haut-Bailly occupe aussi une place particulière pour moi, notamment en raison des personnes qui font vivre la propriété et de l’accueil que j’y ai reçu. J’aime également beaucoup l’élégance et la finesse de Valandraud, ou encore le rapport qualité-prix de Poujeaux. Lynch-Bages est une valeur sûre, un vin vers lequel je reviens toujours avec plaisir et qui rencontre un grand succès auprès des clients. Et puis il y a Château Beychevelle. Chaque visite me procure un véritable émerveillement. J’y ai vécu l’un de mes dîners et séjours les plus mémorables. Ce sont des expériences qui créent un attachement particulier à un vin, bien au-delà de ce que l’on trouve dans le verre.
Quel accord entre un Grand Cru de Bordeaux et un plat vous procure un plaisir particulier ?
Un confit de canard accompagné d’un beau Bordeaux rouge ! J'aime ce contraste : la richesse du canard et son croustillant face à la fraîcheur et la structure du vin. Je choisirais volontiers un Millésime 2019, suffisamment expressif aujourd’hui, avec du fruit et de la profondeur pour accompagner le plat. Tout dépendrait évidemment de la Propriété et de l’évolution de la bouteille. C’est le genre d’accord que j’affectionne : généreux, réconfortant, et qui rappelle à quel point Bordeaux est un grand vin de gastronomie.
Si vous deviez choisir une seule propriété pour illustrer la richesse et la diversité de Bordeaux, laquelle serait-ce ?
Spontanément, je dirais Château Cheval Blanc à Saint-Émilion. J’aime généralement faire découvrir des Propriétés moins connues, mais Cheval Blanc me touche par la finesse et le plaisir de ses rouges, ainsi que par son exploration des vins blancs avec Le Petit Cheval. Je suis également très sensible à son engagement en faveur de la biodiversité, notamment à travers l’agroforesterie et la recherche d’un meilleur équilibre dans l’écosystème du vignoble. Aucun Château ne peut résumer à lui seul toute la diversité de Bordeaux, mais Cheval Blanc incarne à mes yeux cette alliance entre le respect d’un terroir, l’excellence des vins et la volonté de préparer l’avenir.
Si vous deviez comparer votre métier de sommelière à un autre métier, lequel choisiriez-vous ?
Professeure de yoga ! Cela peut sembler surprenant mais les deux métiers demandent beaucoup de présence, de sensibilité et une capacité à comprendre les personnes que l’on a en face de soi. Lorsque j’anime un cours de yoga, j’essaie de percevoir l’énergie du groupe et de m’y adapter. C’est exactement la même chose lorsque j’approche une table en tant que sommelière. Il faut savoir écouter, comprendre les attentes et sentir jusqu’où les gens souhaitent être accompagnés. Dans les deux cas, l’essentiel est de mettre les personnes à l’aise, sans jamais les juger.
Et si les Grands Crus de Bordeaux étaient un film ?
Ratatouille (rires)! C’est peut-être une réponse inattendue, mais ce film célèbre la beauté de la gastronomie française, le soin apporté aux choses et cet instant d’émerveillement que peut provoquer une saveur. Il rappelle aussi que la passion et la curiosité n’ont pas de frontières. C’est ce que fait l’UGCB : réunir des personnalités et des talents différents pour partager la culture du vin français et créer des moments mémorables. J’aimerais que quelqu’un qui participe pour la première fois à une dégustation de Bordeaux reparte avec ce même sentiment d’émerveillement.
Enfin, vous partez sur une île déserte et ne pouvez emporter qu’un seul Grand Cru de Bordeaux. Lequel choisissez-vous ?
Château Rieussec, sans hésitation ! Je ne mange pas souvent de choses sucrées, mais j’ai un véritable faible pour ce vin de Sauternes. Sur une île déserte, je prendrais le temps de savourer chaque gorgée, idéalement après une séance de yoga sur la plage, en regardant le soleil se coucher. Ce serait un joli moment de bonheur et de méditation !